


VANDEUIL reste en notre siècle, un village au sens plein du mot,
une communauté d'hommes et de femmes, vivant dans un havre
de paix, qu'irrigue une économie fondée principalement sur la vigne,
à laquelle VANDEUIL doit son nom, comme on le lira plus loin.
Ce miracle trouve son origine dans la géographie, car il n'y a pas
si longtemps, on allait à Vandeuil, puis on revenait. Aller au delà
n'était guère possible en automobile. La route s'arrêtait là, faisant
le tour du pays comme un escargot, jusqu'à la place du château et
de l'église. Vandeuil est adossé à la montagne d'Hourges, dont
les pentes s'élèvent de 182 à 186 mètres, arrêtant les regards à
l'ouest. A l'est, au contraire, Vandeuil domine à son tour un
merveilleux paysage , vers Jonchery sur vesle et Branscourt, l'horizon
plein d'appels, les collines verdoyantes où serpente le clair tracé des
chemins.
Les lieux-dits alentours ont pour noms : Le Bauchet, Les Longues
haies, Le bois de Fierfeux, Le mont grene, La Grosse Tête,
Les Prieux, Le Grand Pré , Le Fond de Nauroy, et, plus loin,
la Ruelle Prieux, la Haute Gueule, etc... Sans omettre , au nord ouest,
mitoyenne à Jonchery, la plante cité neuve de Vandeuil.
La conscience de nos contemporains, celle de l'indigène bien sur,
mais ils sont aussi quelques uns à venir d'ailleurs, réclament de s'alimenter à l'histoire du lieu qui les a vu naitre, ou qu'ils ont choisi, élu, en raison notamment de son charme agreste.
Notre canton est aux limites de l'ancien comté de Champagne , touchant au Laonnois et au Soissonnais, sur la voie qui reliait deux peuples les Rèmes et les Soissonnais intimement unis, comme des frères écrivait en ces commentaires célèbres, César,qui voyait dans ces limites l'ethymologie de Fismes : Fines Suessonum.
Nous sommes ici au coeur de la France première, entre Soissons, Capitale du royaume de Neustrie des Francs Mérovingiens, Laon, Capitale de la France Carolingienne, et Reims, Capitale ecclésiastique où les Rois étaient sacrés.
Vandeuil fut, sous l'ancien régime, du baillage de Witry, dont il avait la coutume, et du parlement de Paris, l'intendance étant celle de Champagne, à Chalons sur Marne. De nos jours, il ressort du canton de Fismes, département de la Marne.
Ethymologie
Vandeuil est une création de la vigne . Ce nom a connu dix
graphies différentes, du 11ème au 14 ème siècles,
depuis :
VENDORUM, VENDOLIUM (an 1158), avant de s'écrire comme nous
le connaissons.
Ce nom évoque un grand vaisseau de bois où l'on gardait
un vin (le latin DOLIUM) qui avait la réputation d'être
agréable, facile à vendre (VENDIBILIS, VENUNDO)
Voici les sources où le nom de Vandeuil est cité pour la première fois dans chaque graphie.:
| VENDORUM | 10è siècle | Polyptique de saint-rémi |
| VENDOLIUM | 1158 | Cartulaire de l'Abbaye d'IGNY |
| VENDUS | 1164 | Saint-Thierry |
| VANDELS | 1171 | Saint-Thierry |
| VENDEUS | 1203 | Cartulaire de l'Abbaye d'IGNY, Monthazin |
| VENDOUS | 1209 | Cartulaire de l'Abbaye d'IGNY, Monthazin |
| VENDOX | 1233 | Cartulaire B du Chapitre de Reims |
| VENDUEUIL | 1249 | Cartulaire d'Avenay |
| VENDEUX | 1303 | Archives administratives de reims |
| VENDEUIL | 1535 | Chapitre de Reims, Jonchery |
On désignera les habitants du village : VANDOLIENS avec une concession en faveur du "a" , bien qu'il s'imposa tardivement dans la pratique.
Les Seigneurs de Vandeuil
Le village fut probablement fondé au 11ème siècle,
lorsque des puinés de la maison de BAILLEUL y érigèrent
un château, ceint de ses remparts, autour duquel se sont groupées
les maisons, comme on peut le voir encore de nos jours.
Déjà, à l'époque, la vigne était appréciée. La maison des Seigneurs de Vandeuil parait en 1159, avec guillaume, Gérard, et Robert, au Cartulaire de l'Abbaye proche, à Igny. Ils possédaient des biens jusqu'au territoire de la ferme VOISIN, au dela de la VILLE AUX BOIS, consistant en bois et plaines,
avec des droits sur le cours de la Vesle, dont ils firent donation en 1159 à l'Abbaye d'Igny. En 1202, Guillaume possédait le bois d"ERVAL", en avant de MONTHAZIN. Gaucher, son frère, était le seigneur de BRANSCOURT , et gérard de VENDEUS, qui était également leur frère, avait des terres arables contigues au monastère d'IGNY. De tout cela, ils firent donation à l'abbaye, afin de pouvoir partir pour la 4ème croisade.
Nous devons à cette circonstance d'apprendre que le seigneur de Vandeuil suivit à Constantinople Geoffroy de VILLEHARDOUIN, le fameux chroniqueur de cette croisade. On sait qu'après la conquete de Constantinople (l'actuelle ISTANBUL) les croisés y fondèrent un empire latin, élisant pour empereur BAUDOUIN , Comte de Flandres et de Hainaut, le 9 mai 1204. Quand BAUDOUIN, battu à Andrinople par le Tsar des bulgares mourut en captivité, son frère Henri lui succéda et redresa la situation, obtenant la soumission des princes grecs et bulgares. Tout cela ne profita guère qu'au commerce vénitien et cet empire éphémère prit fin en 1261.
Ainsi Vandeuil et Branscourt appartenaient à la même
famille, et, en effet, on peut lire au cartulaire d'IGNY que leur
père à tous trois était Guillaume, seigneur de
Bailleul et leur mère ERMENGARDE.
L'analyste du cartulaire s'est interrogé sur la destinée
de ce pays (qu'il pense disparu) mais nous pensons qu'il s'agit de
BAILLEUX LES FISMES et ce qui nous en persuade est la proximité
de COURLANDON, où nous voyons JEAN DE COURLANDON renoncer,
en tant que feudataire (vassal) à ses drois de fief, sur un
bois appartenant aux seigneurs de BAILLEUL.
Suite de l'ouvrage de Robert GODART "Notes
d'histoires sur VANDEUIL, que nous publions avec son aimable autorisation.
IV
L'église
La cure était au XVIIIe siècle au patronage de Saint
THIMOTHEE disciple de l' Apôtre PAUL, évêque d'
EPHESE où il fut martyr. Sa fête est le
24 janvier. L'église, annexe de JONCHERY SUR VESLE, était
desservie par le Curé d'HOURGES, qui alternait avec UNCHAIR
.
VANDEUIL n'a pas toujours été une paroisse, car l'église
a longtemps, été dite "chapelle castrale ",
attenant alors au Château (emplacement du pressoir actuel),
avant que le cimetière fut à ses pieds.
Dans la muraille subsiste un accès qui permettait au seigneur
d'aller a l'église directement, survivance de l'ère
féodale où celle-ci lui appartenait.
D'autre part, un sentier conduisant de VANDEUIL à JONCHERY
était nommé sentier des morts.
Enfin, les registres paroissiaux d'état-civil étaient
écrits à Jonchery sur Vesle, commençant en 1641.
Le titre d'érection en paroisse est donc à rechercher,
aux archives archiéiscopales. Monseigneur LANGENIEUX rendit
officiellement visite à VANDEUIL, le 27 Avril 1884.
L'église a été reconstruite en 1923 ,face à
sa précédente situation. Quelques noms anciens de la
population vandolienne ont été conservés, grâce
aux archives écclésiastiques du XVIIIe siècle
, nous les donnons ici dans un ordre alphabétique; Barbier,
Chalmet, Grollet, Degovet, Desprez, Florent, Gellico (marguilLLer),
Hayart, Héry, Huitteaux, Michault, Nollet, Poné, Roger,
le curé de, l'époque.
Henry BOUZIN, assure que ces familles étaient "la plus
saine partie des habitants," ce qui est une distinction, en tout
cas, de pièté, manifestant un réel progrès
avec le rapport de son prédecesseur en 1774 : Bon fond de foi,
respect du prètre, peu de pratique.
L'alterance des cultes, une semaine seulement sur deux, fut, certainement
une circonstance atténuante.
V
L' enseignement
Une école, mixte et laique, existait à VANDEUIL au XVIIIesiècle,
et les archives écclésiastiques nous rapportent que
son maître avait cinquante élèves
24 garçons et 26 filles, dans un étroit local Il percevait
comme salaire "un quartel de méteil et quinze sols par
ménage, moitié seulement des veuves plus huit livres
et quelques sols de casuels ". L'école actuelle a été
construite en 1841, avec des travaux en 1902 et 1922, année
où une horloge fut installée.
Il existait à VANDEUIL au siècle dernier une fontaine
dite "d'Irval", elle a fait place au lavoir construit en
1874.
L'article paru dans l'UNION traitant de l'absence de monument aux morts à Vandeuil
Sainte Philomène
D'après un texte publié par Mr
MOURRA Maire de Vandeuil.
Une particularité de la Commune de Vandeuil est qu'elle ne
possède pas de monuments aux morts. En fait, notre village
n'est pas le seul à posseder
cette particularité : le petit village de Courjeonnet , qui ne compte guère plus de 65 habitants, et qui se trouve près de Montmort (Marne) n'a pas non plus
de monument aux morts.
De même à ARS, ou Sainte Philomène était très honorée, il n'y eut aucun mort parmi les habitants incorporés en 1914. Des archéologues procédant à
des fouilles en la catacombe romaine de Priscille sur la via Salaria, ouvrent un sépulcre fermé par trois briques. On y déchiffre l'inscription latine que les découvreurs reconstituent aisément : "pax tecum Pilumena", la paix soit avec toi, Philomène. L'épitaphe se trouve complétée par divers emblèmes :
une palme, trois flèches, deux ancres, des feuilles de lierre. On interprète comme suit. La palme symbolise la céleste récompense, les trois flèches indiquent le supplice subi, les ancres figurent la croix. Quant aux feuilles de lierre, elles séparent les mots et ponctuent l'ensemble.
De sucroît, on découvre une ampoule qui aurait contenu
du sang. Les doutes se trouvent levés : voilà les restes
d' une vierge martyre!
Puisque, le 8 juin 1805, le chanoine François di Lucia reçoit
solennellement ces vestiges, comment douter? L'ecclésiastique
dépose le tout en sa paroisse de Mugnano, diocèse de
Nole. A partir de là, des miracles nombreux engendrent des
pélerinages. Le Culte se répand à tel point que
la sainte adolescente dont le nom signifie "la bien aimée",
devient la grande thaumaturge du XIXe siècle.
"La chère petite sainte"
Chez l'opulente famille lyonnaise des Jaricot, dont Paule, la benjamine
des sept enfants sera l'illustre fondatrice de la Propagation de la
foi, le curé d'Ars, apprend ces faits merveilleux. Immédiatement,
il s'enthousiasme pour la jeune vierge de la catacombe de Priscille,
au point de lui vouer un amour ardent, quasi chevaleresque. Il en
fera sa "cause", son "prête-nom" céleste
et l'établira hardiment : "chargée de ses affaires
près de Dieu."
En 1837, le pasteur fait même construire en son église, une chapelle Sainte Philomène. Désormais, tous les pélerins seront conduits vers cet autel.
De sa "collaboratrice d'en-haut", le curé sollicite guérisons et conversions. Selon la pittoresque expression de Trochu, il se réaliseront des "miracles
à deux." Ce tandem mystique permet à l'humble
desservant d'attribuer prodiges et guérisons à la jeune
thaumaturge. "Ce n'est pas moi•, c'est elle. Priez-la!"
Les· observateurs, objectifs, s'interrogent sur cette conduite
pieuse. Astuce, modeste derobade, collaboration mystique? Peut êlre
les trois!
Près de la classe qui conserve quelques reliques, les suppliants
sont conduits. Entre la jeune sainte et le pieux curé, s'établit
une complicité affectueuse
dont voici un témoignage :
En 1843, alors que M. Vianney relève lui-même d'une maladie qui l'a conduit aux portes de la mort, une jeune femme totalement aphone par une laryngite tuberculeuse ne peut' s'exprimer qu'en écrivant sur une ardoise. Le prêtre qui la reçoit lui conseille : "Déposez votre ardoise sur l'autel de Sainte Philomène, elle vous guérira. Dites-lui que, si toutefois elle ne veut pas vous rendre votre voix, elle vous cède la sienne !" Conseil suivi, la malade qui souffre depuis
six ans et ne peut parler depuis vingt-quatre mois retrouve le parfait
usage de sa voix. Diagnostic du "guérisseur" : "Ce
n'est pas moi, c'est Sainte Philomène !".
L'instruction du 14 février 1961
Cent vingt ans après ces évènements, la Congrégation
des Rites élimine de tous les calendriers, la fête de
Sainte Philomène. La décision s'avère
sans appel : Le culte de Sainte Philomène procède d'une
erreur historique dont voici les détails. Les fossoyeurs du
IVe siècle ont réemployé les débris
d'anciennes tombes pour en fermer de nouvelles. La distribution désordonnée
des mots latins "lumena pax tecum" provient du souci de
prévenir une possible identification des restes. Quant à
la fiole dite "I'ampoule du sang qu'elle ne contient pas"
n'indique nullement une sépulture de martyre.
En l'occurrence, les ossements déposés derrière les trois briques ne sont donc que ceux d'une chrétienne anonyme du IVe siècle.
Aurait-elle été martyrisée? Rien ne le prouve,
en son loculus. Alors, que dire? Le Curé d'Ars se serait-il
trompé?
Si la fête du 10 août se trouve maintenant supprimée,
ce n'est nullement preuve que le saint curé ait monté
une supercherie! Par rapport
à Sainte Philomène, sa "bien-aimée"
le pasteur d'Ars se conduit quelque peu comme un enfant. Parfois impérieux,
souvent suppliant, volontiers sévère, Jear Marie Vianney,
outre qu'il effectue un déplacement de notoriété,
tend vers l'absolue discrétion sacerdotale : le bien ne fait
pas de bruit, le bruit ne fait pas de bien! Pourtant, la petite sainte
du curé d'Ars ne saurait se réduire à un rien.
Sources : "Le curé d'Ars" de Jean Hussenot. • - Dictionnaire des prenoms et des saints (Larousse) - Remerciements pour leurs renseignements, leurs témoignages et leurs courriers : Raymonde LOPIN, l'Abbé Gabriel ROBIN, Mme ROUYER fervente de Sainte Philomène. La Direction du pélerirage d'Ars,
M. le Maire de Courjeonnet.


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